IN CORSICA

Carmini, de Patrizia Gattaceca Par Marie Ferranti


Rédigé par Constant Sbraggia le Samedi 29 Juin 2019 | Lu 48 fois | 0 commentaire(s)


Patrizia Gattaceca par Rita Scaglia
Patrizia Gattaceca par Rita Scaglia
 
  Le grand écrivain argentin Jorge Luis Borgès prétendait qu’un écrivain sans le charme n’est rien. Je me faisais cette réflexion en écoutant Carmini, le dernier opus de Patrizia Gattaceca. Il doit son titre au recueil de Paul Valéry, Charmes,  dont un choix de poèmes a été extrait pour constituer ce nouvel album.  Il y a ici un charme pluriel, c’est dire la force d’attraction que Carmini exerce sur moi. 
  L’histoire est belle. Patrizia a demandé à Ghjacumu Thiers de faire cette traduction des poèmes de Paul Valéry. Ce n’est pas un hasard.  Patrizia sait que Ghjacumu place Valéry très haut dans son panthéon des Lettres. Patrizia ne se trompait pas : Ghjacumu accepta. Il est vrai que, depuis longtemps, Patrizia et Ghjacumu s’inspirent heureusement l’un l’autre.
  Il se trouve que Ghjacumu, recherchant le recueil de Charmes,tira de sa bibliothèque une édition de la Pléiade « crasseuse »,  selon ses propres mots, renfermant quelques feuillets oubliés : c’était un mémoire, écrit il y a quarante ans : « Etonnement et attention dans Charmesde Paul Valéry. » 
  Comme ses flacons de parfum qui, à peine débouchés,  font soudain renaître un monde disparu, Ghjacumu  se revit jeune étudiant, passionné de littérature et de poésie. Il n’a pas changé. Rien n’a bougé, ou à peine.
 Ainsi, il semblerait que cette étude ait trouvé son accomplissement dans la traduction en corse de Charmes.  Patrizia dit que tout fut fait dans la hâte. Je dirais plutôt dans la ferveur. Ghjacumu traduisait au fil de la plume et il faut voir, avant de l’entendre,  cette belle langue de Valéry, non pas restituée, mais recréée en corse. Ainsi Les pas :
 
Tes pas, enfants de mon silence,
Saintement, lentement placés, 
Vers le lit de ma vigilance
Procèdent muets et glacés.
 
I to passi, picci di u mo silenziu,
Santi è pianamente posti,
Duv’ella ghjace a mo primura
Ghjunghjenu cutrati è muti. 
 
  Patrizia et J.B Rongiconi, ayant constitué une sorte d’atelier, composaient  la musique et enregistraient Carmini. La voix splendide de Patrizia, au sommet de son art, matérialise les moindres résonances du poème, jusque dans le tremblé maîtrisé de certaines ornementations. Elle ne fixe rien cependant et nous laisse voguer en imagination, répondant au double désir de Valéry du détachement de l’auteur et de la liberté de qui s’empare du poème.  De sorte que l’étonnement premier, l’attention que le poème suscite se métamorphosent, dans le chant, en émerveillement continuel. 
 
Quelle, et si fine, et si mortelle,
Que soit ta pointe, blonde abeille,
Je n’ai, sur ma tendre corbeille,
Jeté qu’un songe de dentelle.

Pique du sein la gourde belle,
Sur qui l’Amour meurt ou sommeille,
Qu’un peu de moi-même vermeille,
Vienne à la chair ronde et rebelle !

J’ai grand besoin d’un prompt tourment :
Un mal vif et bien terminé
Vaut mieux qu’un supplice dormant !

Soit donc mon sens illuminé
Par cette infime alerte d’or
Sans qui l’Amour meurt ou s’endort !
 
 
[[1]]url:applewebdata://CAA98900-86DC-44CE-828A-2ED8F6F393FE#_ftnref1 On peut trouver Carminichez Chorus, à Bastia ou en téléchargement.
[[2]]url:applewebdata://CAA98900-86DC-44CE-828A-2ED8F6F393FE#_ftnref2 Tous les arrangements sont de J.B Rongiconi.
[[3]]url:applewebdata://CAA98900-86DC-44CE-828A-2ED8F6F393FE#_ftnref3 Il faut signaler qu’à ce trio est venu s’adjoindre Armand Luciani, qui a réalisé un très beau clip  sur l’une des chansons, Internu. Il estvisible sur Youtube.
 



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