IN CORSICA

Corbyn en embuscade Par Jean-Marie Colombani


Rédigé par Constant Sbraggia le Mardi 8 Janvier 2019 | Lu 1138 fois | 0 commentaire(s)

L’action fait l’objet d’un financement de l’Union Européenne


Jeremy Corbyn et Theresa May
Jeremy Corbyn et Theresa May
 
Même si les chances de Theresa May d’obtenir du Parlement britannique un vote favorable à l’accord qu’elle a négocié avec l’Union européenne se sont jour après jour amenuisées, il reste pour cette question stratégique majeure qu’est le Brexit trois options sur la table. Soit l’approbation de l’accord entre l’actuel gouvernement britannique et l’Union européenne ; soit un Brexit dur, c’est-à-dire le refus de cet accord ; soit enfin un nouveau référendum pour ou contre le maintien de la Grande Bretagne dans l’Union européenne.
Le premier scénario paraissait le plus raisonnable. La Grande Bretagne s’engageait à verser 50 milliards d’euros à l’Union européenne en dédommagement de son départ ; elle restait membre de l’Union douanière, en respectait les règles mais sans être à même désormais de les influencer. Cela offrait à la Grande Bretagne sur le plan économique et social les meilleures garanties de continuité et, en quelque sorte, une sortie en douceur non dommageable.
Pourtant, les acharnés du Brexit ont continué à plaider qu’une absence d’accord redonnerait à la Grande Bretagne sa liberté de prospérer par ses propres moyens. Ils ont été en cela puissamment encouragés par Donald Trump qui a fait vivre l’illusion d’une Grande Bretagne à même de négocier un accord bilatéral avec les Etats Unis. Autant dire, pour ceux qui reprochent à Theresa May de faire de la Grande Bretagne un vassal de l’Europe, la certitude qu’elle serait pour le coup vassalisée par les Etats Unis. Et, si l’on y regarde de plus près, une absence d’accord équivaudrait à un très mauvais accord. Parce que ne pas payer sa dette à l’égard de l’Union porterait gravement atteinte au crédit international de la Grande Bretagne ; parce que une absence d’accord induirait une série de catastrophes pour des secteurs aussi importants en Grande Bretagne que l’industrie, l’agroalimentaire et même les services financiers ; parce que l’absence de solution sur la frontière irlandaise, qui était un point clé du texte négocié par Theresa May avec Michel Barnier, mettrait en péril l’accord de paix qui permet à l’Irlande du Nord d’avoir renoué, après tant d’années de guerre civile, avec une vie normale ; enfin parce que les liens juridiques tissés pendant quarante ans entre l’Europe et la Grande Bretagne sont innombrables et leur dislocation affecterait gravement la vie quotidienne des habitants de ce pays.
L’ironie du sort est que les partisans de ce « hard Brexit », suffisamment nombreux au sein du parti conservateur pour bloquer Theresa May et rassembler derrière la figure loufoque et démagogique de Boris Johnson, l’ancien ministre des affaires étrangères, ont été rejoints dans leur hostilité à l’accord par d’autres conservateurs qui, eux, à l’inverse, sont farouchement partisans du maintien de la Grande Bretagne dans l’Union européenne. Une partie de ceux-là escompte qu’un vote négatif permettrait à Theresa May d’obtenir quelques concessions supplémentaires de l’Union européenne, pour lui assurer les voix qui lui auraient fait défaut ; d’autres rejoignent les rangs des foules pacifiques qui se sont déjà rassemblées à Londres à plusieurs reprises et qui réclament un nouveau vote. 
Cet ultime scénario paraissait, il y a quelques semaines encore, totalement exclu. Mais il fait son chemin au point que, à la Chambre des Lords, l’archevêque de Canterbury lui-même n’a pas hésité à l’invoquer et à le souhaiter. Auparavant, le seul défenseur d’un nouveau référendum était Tony Blair, resté lui-même farouchement européen au nom du fait que, seule, la Grande Bretagne deviendrait un petit pays, repliée sur elle-même et menacée dans son unité même par l’aspiration des Ecossais à rester en Europe.  Mais, surtout, il semble qu’une majorité de l’opinion y soit désormais favorable. Tout irait pour le mieux dans ce cas de figure si le parti travailliste était resté fidèle aux options de Tony Blair. Mais il est hélas dirigé par Jeremy Corbyn, lequel est ouvertement eurosceptique et a pu même être accusé de flirter avec l’antisémitisme. 
Le calcul de Jeremy Corbyn est en effet de mettre Theresa May en minorité, non pour la contraindre à un référendum, mais plutôt pour l’obliger à provoquer de nouvelles élections législatives, dont lui-même espère pouvoir sortir vainqueur. Ce qui est loin d’être l’hypothèse la plus probable. 
Avis donc à toutes celles et ceux qui voudraient accompagner les populistes et extrémistes de tout bord qui travaillent à la destruction de l’Europe : au chaos politique, dont la Grande Bretagne n’est pas si éloignée, s’ajouteraient de très lourdes conséquences économiques qui affecteraient, n’en doutons pas, la vie de tout un chacun. Certains assurent même que ses conséquences ressembleraient sur la vie économique et sociale à celles d’un conflit armé majeur. 
Et pendant ce temps-là, à Bruxelles, dans le silence absolu des medias, l’Europe continue de se frayer un chemin, ici pour résister à la guerre économique dont la menace Donald Trump, là pour tenter de limiter les ambitions territoriales d’un Poutine, ailleurs pour s’organiser face à ce qui commence à ressembler à un impérialisme chinois. Ainsi, dans les semaines récentes, l’Union a avancé dans la mise sur pied d’un budget de la zone euro et dans le renforcement des régulations monétaires destinées à faire face à la prochaine crise financière. De la même façon, des progrès sont enregistrés chaque jour sur l’épineuse question de la Défense européenne. 
Bien sûr, les choses ne vont pas assez vite : des avancées existent mais l’élan est quelque peu réfréné par la faiblesse politique de la chancelière à laquelle il faut désormais ajouter celle, nouvelle et imprévue, du président français. La Commission européenne, pendant ce temps, garde la maison du mieux qu’elle peut et fait avancer les dossiers, y compris avec le gouvernement italien autant qu’il est possible. Rendons-lui au moins cette justice. Par Jean-Marie Colombani, directeur de Slate

Jeremy Corbyn et Theresa May
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