IN CORSICA

Dans la tête de Laurent Lantieri


Rédigé par Constant Sbraggia le Samedi 7 Juillet 2018 | Lu 1860 fois | 0 commentaire(s)

Le professeur Lantieri, chirurgien à l’hôpital européen Georges Pompidou, a réalisé avec son équipe une deuxième greffe totale sur un même patient. Seules issues possibles à la maladie génétique déformante dont est atteint Jérôme Hamon, 41 ans. Une opération hors norme, qualifiée d’«exploit », qui constitue une première mondiale. Portrait de star.
Par Constant Sbraggia


Dans la tête de Laurent Lantieri
L’alerte est tombée ce dimanche 14 janvier 2018 vers 21H. « Je regardais Madmax à la télé avec mon fils » se rappelle Laurent Lantieri. L’alerte c’est l’indication qu’un donneur a été trouvé, et que la transplantation est désormais possible. De fait l’hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris, est prêt à accueillir l’équipe du professeur Lantieri, spécialiste de ce genre d’intervention. Elle aura lieu demain lundi, en début d’après-midi. Son patient, « Jérôme » (Jérôme Hamon), atteint de neurofibromatose de type 1 (maladie de Von Recklinghausen), une maladie génétique qui a déformé son visage, a déjà bénéficié d’une greffe de la face en 2010, à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, et présente un rejet chronique (son visage greffé, qui présente des zones de nécrose, doit lui être retiré). Il est en réanimation à Pompidou, « sans visage », depuis deux mois. Il sera donc le premier homme à subir deux greffes du visage. Pour le chirurgien plasticien le stress sera « énorme », comme à chaque intervention. Pour se faire comprendre il recourt à la métaphore. « C’est le stress que doit connaître un pilote de chasse au combat, ou un commando sur le point de passer à l’attaque. » Ce soir, comme chaque fois que l’Agence de la biomédecine signale un donneur compatible, son premier coup de téléphone sera pour le prothésiste. « Il faut restaurer le corps du donneur, le respect qu’on doit aux morts, que l’on soit croyant ou pas, est un devoir. Je suis très respectueux des morts. C’est une constante de l’humanité. On ne voit pas ça chez les animaux, ils n’ont pas de rituel. » Ce n’est qu’à ce stade du récit qu’il dira avoir eu une angoisse. « Je savais qu’il existait un risque de rejet, que cela pouvait se produire massivement sur la table d’opération. A ce moment-là le visage devient rouge cramoisi, tout se détruit en quelques minutes. C’est ce qu’on appelle un rejet hyper aigu. » Si le chirurgien envisage cette éventualité avec épouvante sa détermination reste entière. « On a un donneur, le patient est en état de destruction, il n’a plus de nez, plus de lèvres, plus rien… la chair part un peu partout, elle pâlit. Ces images ne sont pas montrables au grand public. » L’opération qui a débuté le lundi en début d’après-midi s’est terminée le mardi en début de matinée. Laurent Lantieri déclarera : « L’opération répond à une question qui était de l’ordre de la recherche : est-ce qu’on peut refaire une greffe du visage ? Oui, on peut retransplanter, et voilà ce qu’on obtient. » Façon, peut-être, de balayer cette idée de « première mondiale », qu’il n’agrée pas. « Chaque fois que je fais une intervention, dit-il aussitôt qu’on l’interroge, c’est une première mondiale. » 
Hier, il était à Dublin, pour donner une conférence. « C’est bien Dublin, mais enfin… et puis il y fait un temps de cochon ! » Il sourit, de ses yeux en amande, paraît détendu. « La Corse c’est tellement mieux que l’Irlande. » Il sourit à nouveau, mais cette fois son sourire se fait complice : « Je suis attiré par le beau. » Laurent Lantieri voyage « beaucoup, beaucoup, beaucoup ». Mais la Corse… Il l’aime parce que « les Corses sont attachés à leur terre, et à leurs racines ». Et que c’est « important d’avoir des racines ». Est-ce pour les mêmes raisons qu’il apprécie tant le Japon, Kyoto en particulier, la « richesse » de sa culture et de ses traditions ? Il ne croit pas forcément à l’emprise de l’insularité sur le tempérament des habitants de son île qu’il veut atypique. Ce scientifique serait plutôt indéterministe au sens où son compatriote Valéry l’entendait, c’est-à-dire la seule façon d’exister. Nous sommes rue des Glacis, à Ajaccio, attablés au Bilboq, à même les pavés, chez ses amis Jean-Jean et Anthony, l’établissement se prépare à ouvrir, c’est encore le va-et-vient des badauds et des habitants du quartier. Heures lentes de la vieille ville comme animée de forces telluriques. « Ce n’est pas l’Histoire qui fait les hommes mais les hommes qui font l’Histoire, développe le praticien. Il n’est que de considérer la maison Bonaparte, et d’imaginer ce que fut l’environnement de cette famille. On comprend tout de suite que ce n’est pas l’Histoire qui a fait Napoléon mais Napoléon qui a fait l’Histoire. » Alexandre Musso, son grand-père paternel, ancien consul de la principauté de Monaco, conseiller du commerce extérieur, fut sénateur de la Corse de 1937 à 1939, inscrit au groupe de la Gauche démocratique. De sa mère née Versini il a hérité d’un appartement Cours Napoléon avec jardin intérieur. Comme un symbole. « Ce qu’il y a de corse en moi, c’est probablement le caractère. Il ne faut pas m’embêter, je monte vite. Même si je redescends vite… » Qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas d’humeur mais bien de caractère. Ce caractère qu’il lui a fallu pour donner du sens à son métier, au prix de quelques déboires. « On m’ennuie parce que je suis une grande gueule » avait-il déclaré à Anne Jouan du Figaro, en 2010. Alors ? « Je suis un transgressif. La transgression est la condition du progrès, le moteur de l’innovation. Alors lorsque m’a conscience me dit de faire, je fais. » Là, on le sent intarissable. « Je déteste les statistiques, c’est regarder en arrière. Les gens qui ont innové ne se sont pas basés sur les statistiques, ils ont beaucoup travaillé. » Laurent Lantieri croit en la valeur travail, c’est dit. « Attention, précise-t-il avec un recours à la formule audacieux, pas au sens Arbeit marcht frei, ce que je prône c’est la notion du beau travail, la belle ouvrage. »
Son travail, c’est « une lutte quotidienne », une « foi intense ». Sur un rythme infernal : « Sept heures et demie vingt et une heure, tous jours. » Où sont les « heures perdues » qu’il consacre à son piano (il s’apprête à quitter le répertoire classique pour le jazz) ? C’est à Boucicaut, dans le service SOS main du professeur Raymond Vilain, alors qu’il fait sa quatrième année de médecine que tout s’est décidé. « J’ai vu des greffes de bouts de doigts, de divers membres… la chirurgie de réparation. Et j’ai dit : C’est ce que je veux faire. » Dès ces années il prendra conscience de l’importance du détail. Et lui fait dire : « Ce qui fait la beauté de mon métier c’est le souci du détail ». Sans doute faut-il entendre par « beauté » exigence, celle qu’il enseigne aujourd’hui à ses étudiants. Laurent Lantieri a 55 ans. La chirurgie plastique a évolué, il n’est d’ailleurs pas étranger à cette évolution, elle évoluera encore. L’allusion à la science-fiction ne le heurte pas. C’est même le contraire ! lorsqu’il fait référence à des films comme Blade Runner 2049, de Denis Villeneuve. Il est ainsi persuadé que dans une dizaine d’années des organes dont on aura remplacé les cellules mortes par des cellules vivantes seront mis à disposition dans des bacs étiquetés, un peu comme les produits d’alimentation congelés que l’on trouve chez Picard. Et que le type d’intervention qu’il réalise aujourd’hui ne vaudra plus que pour les cas d’urgence. 
Dans la vie d’aujourd’hui la chirurgie esthétique est objet de vulgarisation, ou démocratisation, c’est comme on voudra, on se fait tirer la peau ou refaire le nez comme on va chez son dentiste, et les injections de collagène ou de botox sont quasi aussi fréquentes que les shampoings. Les opérations qu’ont subies les stars du cinéma se confondent avec celles de sa voisine – ou voisin – de palier, elles  transportent leur mythe, leur génie, leurs excès, leurs scandales. Laurent Lantieri prend soin de séparer les recours à la chirurgie qui répondent à des choix l’esthétique et ceux qui expriment le besoin de freiner le processus de vieillissement. Il rappelle aussi que la chirurgie plastique n’est pas que réparatrice, mais que sa vocation est aussi esthétique. « C’est très simple, explique-t-il, je considère que l’intervention est légitime dès lors qu’elle améliore la qualité de vie du patient. Je rappellerai que l’amélioration de la qualité de vie est un point fondamental, constitutif de l’exercice de la médecine. » De la nécessité d’avoir une pensée dans un monde où la technologie s’empare du quotidien et nous promet des lendemains inconnus. Laurent Lantieri est un transgressif positif. Sans doute est-il plus avisé qu’il n’y parait lorsqu’il signale le danger d’uniformisation qui pèse sur notre société.
Tout récemment CNN lui encore a consacré une émission, pour une audience qui se mesure en millions de téléspectateurs. Sa notoriété ne le grise pas, mais ne le laisse pas indifférent. Ce qu’il ressent, il ne pourrait mieux l’exprimer qu’il ne l’a fait, en 2010, dans le Figaro : « Bien sûr que j’ai un ego ! Il en faut quand on est chirurgien pour entrer dans le corps des gens. » 
 
 
 L’alerte est tombée ce dimanche 14 janvier 2018 vers 21H. « Je regardais Madmax à la télé avec mon fils » se rappelle Laurent Lantieri. L’alerte c’est l’indication qu’un donneur a été trouvé, et que la transplantation est désormais possible. De fait l’hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris, est prêt à accueillir l’équipe du professeur Lantieri, spécialiste de ce genre d’intervention. Elle aura lieu demain lundi, en début d’après-midi. Son patient, « Jérôme » (Jérôme Hamon), atteint de neurofibromatose de type 1 (maladie de Von Recklinghausen), une maladie génétique qui a déformé son visage, a déjà bénéficié d’une greffe de la face en 2010, à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, et présente un rejet chronique (son visage greffé, qui présente des zones de nécrose, doit lui être retiré). Il est en réanimation à Pompidou, « sans visage », depuis deux mois. Il sera donc le premier homme à subir deux greffes du visage. Pour le chirurgien plasticien le stress sera « énorme », comme à chaque intervention. Pour se faire comprendre il recourt à la métaphore. « C’est le stress que doit connaître un pilote de chasse au combat, ou un commando sur le point de passer à l’attaque. » Ce soir, comme chaque fois que l’Agence de la biomédecine signale un donneur compatible, son premier coup de téléphone sera pour le prothésiste. « Il faut restaurer le corps du donneur, le respect qu’on doit aux morts, que l’on soit croyant ou pas, est un devoir. Je suis très respectueux des morts. C’est une constante de l’humanité. On ne voit pas ça chez les animaux, ils n’ont pas de rituel. » Ce n’est qu’à ce stade du récit qu’il dira avoir eu une angoisse. « Je savais qu’il existait un risque de rejet, que cela pouvait se produire massivement sur la table d’opération. A ce moment-là le visage devient rouge cramoisi, tout se détruit en quelques minutes. C’est ce qu’on appelle un rejet hyper aigu. » Si le chirurgien envisage cette éventualité avec épouvante sa détermination reste entière. « On a un donneur, le patient est en état de destruction, il n’a plus de nez, plus de lèvres, plus rien… la chair part un peu partout, elle pâlit. Ces images ne sont pas montrables au grand public. » L’opération qui a débuté le lundi en début d’après-midi s’est terminée le mardi en début de matinée. Laurent Lantieri déclarera : « L’opération répond à une question qui était de l’ordre de la recherche : est-ce qu’on peut refaire une greffe du visage ? Oui, on peut retransplanter, et voilà ce qu’on obtient. » Façon, peut-être, de balayer cette idée de « première mondiale », qu’il n’agrée pas. « Chaque fois que je fais une intervention, dit-il aussitôt qu’on l’interroge, c’est une première mondiale. » 
Hier, il était à Dublin, pour donner une conférence. « C’est bien Dublin, mais enfin… et puis il y fait un temps de cochon ! » Il sourit, de ses yeux en amande, paraît détendu. « La Corse c’est tellement mieux que l’Irlande. » Il sourit à nouveau, mais cette fois son sourire se fait complice : « Je suis attiré par le beau. » Laurent Lantieri voyage « beaucoup, beaucoup, beaucoup ». Mais la Corse… Il l’aime parce que « les Corses sont attachés à leur terre, et à leurs racines ». Et que c’est « important d’avoir des racines ». Est-ce pour les mêmes raisons qu’il apprécie tant le Japon, Kyoto en particulier, la « richesse » de sa culture et de ses traditions ? Il ne croit pas forcément à l’emprise de l’insularité sur le tempérament des habitants de son île qu’il veut atypique. Ce scientifique serait plutôt indéterministe au sens où son compatriote Valéry l’entendait, c’est-à-dire la seule façon d’exister. Nous sommes rue des Glacis, à Ajaccio, attablés au Bilboq, à même les pavés, chez ses amis Jean-Jean et Anthony, l’établissement se prépare à ouvrir, c’est encore le va-et-vient des badauds et des habitants du quartier. Heures lentes de la vieille ville comme animée de forces telluriques. « Ce n’est pas l’Histoire qui fait les hommes mais les hommes qui font l’Histoire, développe le praticien. Il n’est que de considérer la maison Bonaparte, et d’imaginer ce que fut l’environnement de cette famille. On comprend tout de suite que ce n’est pas l’Histoire qui a fait Napoléon mais Napoléon qui a fait l’Histoire. » Alexandre Musso, son grand-père paternel, ancien consul de la principauté de Monaco, conseiller du commerce extérieur, fut sénateur de la Corse de 1937 à 1939, inscrit au groupe de la Gauche démocratique. De sa mère née Versini il a hérité d’un appartement Cours Napoléon avec jardin intérieur. Comme un symbole. « Ce qu’il y a de corse en moi, c’est probablement le caractère. Il ne faut pas m’embêter, je monte vite. Même si je redescends vite… » Qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas d’humeur mais bien de caractère. Ce caractère qu’il lui a fallu pour donner du sens à son métier, au prix de quelques déboires. « On m’ennuie parce que je suis une grande gueule » avait-il déclaré à Anne Jouan du Figaro, en 2010. Alors ? « Je suis un transgressif. La transgression est la condition du progrès, le moteur de l’innovation. Alors lorsque m’a conscience me dit de faire, je fais. » Là, on le sent intarissable. « Je déteste les statistiques, c’est regarder en arrière. Les gens qui ont innové ne se sont pas basés sur les statistiques, ils ont beaucoup travaillé. » Laurent Lantieri croit en la valeur travail, c’est dit. « Attention, précise-t-il avec un recours à la formule audacieux, pas au sens Arbeit marcht frei, ce que je prône c’est la notion du beau travail, la belle ouvrage. »
Son travail, c’est « une lutte quotidienne », une « foi intense ». Sur un rythme infernal : « Sept heures et demie vingt et une heure, tous jours. » Où sont les « heures perdues » qu’il consacre à son piano (il s’apprête à quitter le répertoire classique pour le jazz) ? C’est à Boucicaut, dans le service SOS main du professeur Raymond Vilain, alors qu’il fait sa quatrième année de médecine que tout s’est décidé. « J’ai vu des greffes de bouts de doigts, de divers membres… la chirurgie de réparation. Et j’ai dit : C’est ce que je veux faire. » Dès ces années il prendra conscience de l’importance du détail. Et lui fait dire : « Ce qui fait la beauté de mon métier c’est le souci du détail ». Sans doute faut-il entendre par « beauté » exigence, celle qu’il enseigne aujourd’hui à ses étudiants. Laurent Lantieri a 55 ans. La chirurgie plastique a évolué, il n’est d’ailleurs pas étranger à cette évolution, elle évoluera encore. L’allusion à la science-fiction ne le heurte pas. C’est même le contraire ! lorsqu’il fait référence à des films comme Blade Runner 2049, de Denis Villeneuve. Il est ainsi persuadé que dans une dizaine d’années des organes dont on aura remplacé les cellules mortes par des cellules vivantes seront mis à disposition dans des bacs étiquetés, un peu comme les produits d’alimentation congelés que l’on trouve chez Picard. Et que le type d’intervention qu’il réalise aujourd’hui ne vaudra plus que pour les cas d’urgence. 
Dans la vie d’aujourd’hui la chirurgie esthétique est objet de vulgarisation, ou démocratisation, c’est comme on voudra, on se fait tirer la peau ou refaire le nez comme on va chez son dentiste, et les injections de collagène ou de botox sont quasi aussi fréquentes que les shampoings. Les opérations qu’ont subies les stars du cinéma se confondent avec celles de sa voisine – ou voisin – de palier, elles  transportent leur mythe, leur génie, leurs excès, leurs scandales. Laurent Lantieri prend soin de séparer les recours à la chirurgie qui répondent à des choix l’esthétique et ceux qui expriment le besoin de freiner le processus de vieillissement. Il rappelle aussi que la chirurgie plastique n’est pas que réparatrice, mais que sa vocation est aussi esthétique. « C’est très simple, explique-t-il, je considère que l’intervention est légitime dès lors qu’elle améliore la qualité de vie du patient. Je rappellerai que l’amélioration de la qualité de vie est un point fondamental, constitutif de l’exercice de la médecine. » De la nécessité d’avoir une pensée dans un monde où la technologie s’empare du quotidien et nous promet des lendemains inconnus. Laurent Lantieri est un transgressif positif. Sans doute est-il plus avisé qu’il n’y parait lorsqu’il signale le danger d’uniformisation qui pèse sur notre société.
Tout récemment CNN lui encore a consacré une émission, pour une audience qui se mesure en millions de téléspectateurs. Sa notoriété ne le grise pas, mais ne le laisse pas indifférent. Ce qu’il ressent, il ne pourrait mieux l’exprimer qu’il ne l’a fait, en 2010, dans le Figaro : « Bien sûr que j’ai un ego ! Il en faut quand on est chirurgien pour entrer dans le corps des gens. » 
 
 
 
 
 
 
  
 
 
 



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