IN CORSICA

De Killybegs à Puigdemont par Marc Biancarelli


Rédigé par Constant Sbraggia le Vendredi 5 Janvier 2018 | Lu 170 fois | 0 commentaire(s)

La lecture de l’excellent Retour à Killybegs, de Sorj Chalandon, livre où l’on assiste à l’effondrement du combattant nationaliste Tyrone Meehan, permet une plongée des plus édifiantes dans ce qu’a pu être le combat de la communauté catholique d’Ulster pour son émancipation.


Sorj Chalandon
Sorj Chalandon
 
Pour dépeindre son personnage principal, Chalandon s’est inspiré du parcours d’un officier de l’IRA ayant réellement existé, qui s’appelait Denis Donaldson, et qui fut retourné par les services secrets britanniques dans d’obscures circonstances. Pendant plus de vingt ans, Donaldson joua double jeu. Il fut même administrateur du Sinn Féin à l’Assemblée d’Irlande du Nord tout en continuant de collaborer avec le MI5. Ayant dû reconnaître publiquement les faits, il se retira dans un cottage du Donegal où il vécut dans des conditions précaires avant d’être sauvagement assassiné en 2006. Un temps, on soupçonna l’IRA véritable, seul groupe à avoir refusé le cessez-le-feu après les accords de paix de 1998, d’être responsable de sa mort, mais les poursuites n’aboutirent pas à grand-chose.
Dans son roman, Chalandon vieillit le personnage, et il en fait, des premiers affrontements interconfessionnels des années 40 à la période la plus récente, un acteur de tous les événements tragiques du conflit nord-irlandais. Tyrone Meehan est ainsi engagé dans la Campagne des frontières de la fin des années 50, il se bat plus tard sur les barricades, contre les milices protestantes ou les forces britanniques qui les encadrent. Il connaît aussi la prison, bien évidemment, Long Kesh, où il participe pendant de longs mois à l’effroyable grève de l’hygiène des détenus républicains. Humiliations, tortures, pressions en tous genres sont le pain quotidien de Meehan durant des décennies. Tout comme les responsabilités, lourdes, qu’il lui faut porter lorsque l’IRA se salit les mains en se livrant à une justice expéditive contre les petits délinquants de la communauté catholique.
L’auteur, avec ce livre, nous permet d’embrasser l’histoire d’un conflit qu’il a jadis couvert en tant que journaliste. Il nous permet d’en mesurer la gravité, les complexités. Il nous ramène aussi, dans ce contexte, à la plus humaine des problématiques : la frontière est ténue, très souvent, entre l’idéaliste et le barbare, entre le héros et le renégat. Et la guerre, toujours, engendre plus de parias qu’elle n’accomplit de destinées glorieuses. Car la guerre, faut-il le rappeler, est une chose éminemment sérieuse. Se battre pour une cause, prendre les armes, c’est pénétrer au cœur des plus sombres perspectives, et dans l’escalade des situations extrêmes, au moment où le sang coule, la déchéance n’est jamais très éloignée des engagements les plus vertueux.
La guerre, donc, qu’elle soit réelle ou symbolique, l’indépendance que l’on proclame à la face du monde, cela ne peut en aucun cas être une mascarade, une aventure dans laquelle on se lance sans avoir mesuré le poids de ses actes, les conséquences de l’embrasement. L’Irlande, encore, nous en dit quelque chose. Là où tout commença par une révolution de poètes et de syndicalistes, en 1916, là où des Patrick Pearse ou des James Connolly devancèrent tous les rêves de leur peuple martyr. Ils étaient des écrivains, ils étaient d’anciens militants de l’IWW, et ils mouraient face au peloton d’exécution, sûrs de leur droit, et avec un immense courage. Mais ils mourraient à ce moment-là, ne l’oublions pas non plus, absolument seuls, et dans le tourment des incertitudes, peu suivis qu’ils étaient encore par une Irlande sidérée et incrédule.
Je lisais ce livre de Chalandon au moment des évènements de Catalogne, tout en poursuivant mes recherches sur l’Irlande. Je lisais ceci et je ne pouvais m’empêcher d’établir certains parallèles, et d’en éprouver un profond malaise. Surtout après avoir écrit une chronique où j’exprimais, sincèrement, mon attachement au principe d’autodétermination. Je n’envisageais pas, alors, le jusqu’auboutisme des autorités catalanes, ni cette aberrante proclamation d’une indépendance de trois jours, ni non plus cette fuite un peu piteuse de Carles Puigdemont en Belgique, alors même que des membres de son gouvernement se trouvaient incarcérés. J’espérais modestement, de mon lointain point d’observation, qu’un dialogue s’instaurerait, et que l’intelligence répondrait aux brutalités et à la rigidité de l’Etat espagnol. Mais j’ai peur, au moment où j’écris ces lignes, que l’impréparation des dirigeants catalans n’ait fait sombrer une cause légitime dans la plus funeste des pitreries. 



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