IN CORSICA

Défi de solidarité par Constant Sbraggia


Rédigé par Constant Sbraggia le Vendredi 5 Janvier 2018 | Lu 11605 fois | 0 commentaire(s)


Nous vivons dans un monde qui met les hommes en compétition et assigne les perdants à leur pauvreté. Ce monde-là est violent, cruel, injuste. Il est aussi suicidaire en ce qu’il se ronge de l’intérieur, et s’effondrera tôt ou tard. Mais notre attitude face à cette entreprise de démolition met au jour un mélange de cynisme et d’indifférence, sur fond de déroute des valeurs. Alors que l’Insse et le secours catholique publient des statistiques qui font froid dans le dos - 20% de la population, soit une personne sur cinq, vivent sous le seuil de la pauvreté –, ils disent la progression d’une paupérisation galopante (en 2016 la Corse était déjà la région la plus pauvre de France), nous continuons de vaquer à nos occupations comme si de rien n’était. Nous sommes des infirmes, et nous nous sommes accoutumés à notre infirmité sociale. Au lieu de nous montrer exigeants envers la classe politique nous n’allons plus voter. Une note de l’Insee rendue publique en octobre montre que la Corse est la région de France avec le taux d’inscription sur les listes électorales le plus faible et l’abstention systématique la plus élevée. Ce qui est au mieux la manifestation d’un pessimisme de plus en plus pesant, au pire la preuve que nous n’avons plus de conscience. La question étant de savoir jusqu’à quel point de déshumanisation nous pouvons aller. Jusqu’au naufrage ? L’année finissante, campagne électorale sans passion, climat de fêtes mi figue mi raisin, a gardé ses accents de morosité. Ce désenchantement devrait nous rappeler que le malheur des autres fait aussi le nôtre. Sans doute sommes-nous sincères à l’instant où nous présentons nos vœux de bonheur, de santé, de paix et de prospérité, à notre entourage. Mais quel sens donner ces mots, à ces gestes, si nous nous interdisons de réfléchir aux drames qui se jouent sous nos yeux ? Si par-delà l’affection que nous portons à nos proches, voire la commisération que nous inspire le malheur des autres, ces vœux ne prennent pas en compte l’interdépendance du destin de chacun d’entre nous ? La solidarité n’a que faire de la pitié, elle est le degré de responsabilité et de dépendance réciproque qui lie les hommes. Relevons ce défi de solidarité. Dans Noces, explosion de beauté, de soleil, de sensualité et de philosophie méditerranéens, Camus nous dit : « Vivre, c’est ne pas se résigner ».
 
 
 



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