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Europe Les risques à éviter Par Jean-Claude Casanova, directeur de Commentaire


Rédigé par Constant Sbraggia le Mardi 27 Novembre 2018 | Lu 344 fois | 0 commentaire(s)

L’action fait l’objet d’un financement de l’Union Européenne.


Emmanuel Macron et Angela Merkel
Emmanuel Macron et Angela Merkel
 
 
Le 26 mai 2019 auront lieu les élections au Parlement européen. Le jour de la fête des mères, l’Europe n’est-elle pas notre mère ! Quels devoirs avons-nous vis-à-vis d’elle ? Nous savons que des États nationaux appartenant à une même civilisation, nés d'histoires voisines, sur une surface étroite, séparés par leurs langues et leurs institutions, se fédèrent progressivement. Cette entreprise ne naît pas seulement de négociations entre États, elle naît de confrontations, de luttes partisanes. Elle a été conduite par le parti européen.
         Vous ne le connaissez pas ? Réfléchissez. Il s’agit d’un parti d'un genre particulier. Parti informel, sans organisation, disposant de plus de dirigeants que de militants, toujours changeant, parfois disparaissant puis renaissant, parfois conduit par de grands hommes (Robert Schuman, Charles de Gaulle, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand) parfois mené par des hommes ordinaires, composé de socialistes, de démocrates-chrétiens, de centristes et de libéraux, différents entre eux mais unis par la cause européenne et toujours fidèles à la liberté et à la démocratie. Ce parti a toujours été combattu par les communistes et par les extrémistes de droite, autrement dit par les adversaires de la liberté et par les absolutistes de la nation. Il a toujours été combattu aussi de l’extérieur par ceux qui n’aiment pas l’Europe pour son histoire et qui redoutent son indépendance. Malgré tous les obstacles rencontrés, à travers toutes les luttes, depuis 1951, par une série ininterrompue de traités, ce parti a engagé la France dans l'Union européenne et nous lui en sommes redevables. 
         Chaque arrêt ou chaque recul de l'unification européenne correspond à une défaite de ce parti, mais son devoir est de ne jamais se décourager, car sa vocation, son rôle et sa vision historiques sont immenses. Répétons ce que disait Maurras, qui, je sais,  n’aimait pas l’Europe, mais qui, pour une fois, se trouve là bien inspiré : « En politique le désespoir est une sottise absolue ». 
         Aussi, sept mois avant ces élections qui compteront pour l’avenir, devons-nous bien considérer la situation.
          L’unité de l’Europe est une nécessité. La preuve en est que ni Poutine ni Trump n’en veulent. 
         Poutine souhaite empêcher l’Union de l’Europe parce qu’elle est plus peuplée, plus civilisée, plus riche, plus libre et potentiellement plus puissante que la Russie et parce que son existence obscurcit son rêve impérial. Aussi, il s’efforce de dissuader les pays de l’Est et, pour nous effrayer, il augmente ses armements. Mais, qu’à cela ne tienne : par ce que l’on appelle la Coopération structurée permanente, le traité de Lisbonne  permet désormais à un groupe de pays de prendre des engagements réciproques relatifs à l'augmentation et à la coordination de leurs dépenses militaires. Prévue pour 2010, cette possibilité s’affirme enfin en 2017.Vingt-cinq des États membres de l'Union ont pris la décision de dépenser chaque année 2% de leur PNB pour la défense. C’est leur réponse aux velléités de Poutine. Si nos pays appliquent cette décision, la dépense européenne de défense passera un jour de 238 à 339 milliards d’euros. C’est aussi une réponse à Trump qui, de son coté, met en demeure l’Europe de se défendre par elle-même. Cette augmentation serait supérieure à la dépense totale de défense de la Russie (62 milliards d’euro en 2016, si l’on accepte le chiffre donné à usage extérieur). À deux conditions : qu’elle advienne et qu’elle soit efficace (par coordination et complémentarité). Pour remplir ces conditions, il faut que la volonté unificatrice de l’Europe persiste.
         L’Amérique de Trump ne fait pas que nous exhorter à nous défendre nous-même, elle nous redoute comme puissance économique et commerciale et elle préférerait en matière d’échanges, de finances et de fiscalité, négocier avec des nations séparées, plus vulnérables et plus dociles, qu’avec Bruxelles défendant un marché uni par ses propres règles et considérable autant par ses ressources productrices et innovatrices que par ses importations et ses exportations.
         L’unité de l’Europe n’est pas seulement nécessaire parce que Poutine et Trump ne témoignent pas d’enthousiasme à son égard, elle l’est aussi parce que nous connaissons deux autres défis, en plus de la défense, auxquels l’unité seule  permettra de répondre : celui des migrations et celui de l’organisation du monde. L’Afrique et le Proche-Orient subissent une croissance démographique sans précédent qui, pour de multiples causes, entrainera sur l’Europe une pression migratoire également sans précédent. Penser que de petites nations comme les nôtres pourront mieux y résister et mieux conserver leur identité relève de la plaisanterie. De même, croire que ces petites nations (dont aucune ne dépasse 1% de la population mondiale) contribueront à l’organisation politique du monde en pesant d’un poids égal à celui des États-Unis, de la Chine, de la Russie ou de l’Inde n’est qu’une illusion.
         Un cruel paradoxe pourtant nous afflige. Jamais l’unité de l’Europe n’a été aussi nécessaire, jamais elle n’a été aussi fragile. Des forces politiques hostiles à cette unification, nous en avons toujours connues. Mais elles ont gagné en influence, comme le montrent partout les résultats des élections et les sondages. De plus la discorde s’éveille entre les États membres. Pour deux raisons : le libre échange, que l’on nomme mondialisation, avec l’irruption d’une Asie toute entière convertie au capitalisme, a bouleversé nos économies et nos sociétés. Nous en avons tiré l’avantage d’importations à bon marché, mais nous subissons les reconversions et les souffrances qui en découlent. L’arrivée en Europe de populations étrangères à nos mœurs et le sentiment que cette immigration sera sans limite et qu’elle transformera nos sociétés, par l’hétérogénéité radicale qu’elle pourrait provoquer ont créé une peur panique à beaucoup d’égards justifiée. Ajoutons à cela l’incapacité des élites politiques et culturelles à maitriser intellectuellement, politiquement et moralement le problème migratoire et ses conséquences et à expliquer les avantages et les inconvénients du libre commerce et l’on comprend le désarroi, l’inquiétude, voire la colère des peuples et des électeurs. Car, bien évidemment, l’unité de l’Europe n’est pas la cause de ces désagréments, bien au contraire elle pourrait, elle devrait, devenir le moyen principal d’y remédier si l’on acceptait, à Bruxelles, de placer la vision historique et la volonté politique bien au-dessus de la technicité réglementaire.
         En attendant que l’Europe soit dirigée par de grands Européens, faisons en sorte que de la prochaine élection ne naisse pas une entrave supplémentaire aux progrès de l’unification. Pour cela, il faut souhaiter deux choses. En France d’abord, il faut éviter que les listes hostiles à l’Europe, celles patronnées par les communistes, par les insoumis de Jean-Luc Mélenchon, par le sous-préfet gaulliste Nicolas Dupont-Aignan et par la famille de Jean-Marie Le Pen, n’obtiennent ensemble plus de voix que les listes socialistes, centristes et républicaines qui seront, elles, favorables à la cause européenne. À l’échelle du Parlement européen ensuite, si les élus favorables à l’unification resteront sans nul doute majoritaires, cette majorité devra se recomposer. Elle ne reposera plus comme autrefois sur une dyarchie comprenant les socialistes et les membres du PPE. La nouvelle majorité inclura aussi les centristes (dont les partisans d’Emmanuel Macron) et les écologistes. En un mot il faut espérer qu’en France le parti européen gagnera et qu’à Strasbourg et à Bruxelles il s’organisera, en se souvenant pour l’avenir d’une chose simple, énoncée par Anatole France au moment de l’affaire Dreyfus : « Ce parti aura raison, parce qu’il a raison ».

Europe Les risques à éviter Par Jean-Claude Casanova, directeur de Commentaire




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