IN CORSICA

Jean-Christophe Angelini blinde le PNC


Rédigé par Constant Sbraggia le Samedi 7 Juillet 2018 | Lu 189 fois | 0 commentaire(s)

Il n’y aura pas de parti unique. Ainsi en a décidé le leader du PNC. Sur le mode trop d’union tue l’union. Par Constant Sbraggia


Photo Marianne Tessier
Photo Marianne Tessier
 
On savait qu’il y avait de l’eau dans le gaz, que les rapports entre Gilles Simeoni et Jean-Christophe Angelini n’étaient plus au beau fixe. Si tant est qu’ils l’aient jamais été. L’un comme l’autre s’en défendront, la rivalité qui les oppose n’en est pas moins tenace. Le premier a pour lui d’aimanter les foules, c’est Johnny ! Le second peut se prévaloir d’être à la tête du premier parti de Corse. Fort de cette réalité a-t-il misé sur l’essoufflement du phénomène « Gilles » ? Il doit pourtant savoir que Johnny, le vrai, est resté Johnny jusqu’au bout. Et que le magnétisme de « Gilles » continue de produire son effet. Cela dit on ne saurait reprocher à Angelini d’avoir considéré le projet de parti unique proposé par Simeoni comme une menace. « Dans l’esprit de certains, énonce prudemment le patron de l’Adec, l’objectif était moins de construire Femuque de détruire le PNC ». La direction de l’Adec, c’est lui qui l’a voulue. C’est que l’Agence lui vaut cette réputation de bosseur qui lui colle si bien à la peau quand on reproche à « Gilles » et à « Jean-Guy » de se perdre en conjonctures institutionnelles. JCA mesure cependant les limites de l’exercice. « Je ne suis dupe de rien, assène-t-il. Surtout pas des manœuvres qui consisteraient à me chloroformer dans un statut de technicien, alors que je suis fondamentalement un homme politique ». Et le remarquable dialecticien de dérouler aussitôt : « Je suis constamment sur le terrain, je boucle des dossiers, et c’est en cela justement, que je suis un homme politique. J’ai d’ailleurs le sentiment que cette façon de faire de la politique répond à une attente. » L’idée de la fusion, ou du « parti unique » trainait en longueur. Au fond, Jean-Christophe Angelini ne l’aura jamais vraiment agréée. Et sa manière d’y adhérer tenait du je te tiens tu me tiens par la barbichette : Gilles restant le patron de l’Exécutif, Jean-Guy ayant la présidence de l’Assemblée, lui prenait, au nom de l’équilibre, la présidence du parti. Un temps il songera aussi à confier cette présidence à un proche, pour se dégager d’un empêchement de type administratif, pour continuer de tisser sa toile. En façade, les arguments ne lui manquent pas : « Nous avons une majorité absolue, une collectivité unie, et maintenant il faudrait un parti unique ! Je dis attention ! Il ne faudrait pas bâtir un parti Godillot, croupion, un club de supporters… » Le premier enseignement que l’on doit tirer de cette passe d’armes est que l’on ne peut décemment pas reprocher à JCA de protéger ses arrières. Et puis, après tout, Gilles Simeoni n’est pas non plus un enfant de cœur. L’un comme l’autre sont ambitieux, c’est le jeu de la politique, qui réclame incarnation. Et puis, le mouvement nationaliste n’est pas affaibli. Comme sait le rappeler Angelini, « ce n’est pas la fin de Femu a Corsica. Le point de vue du PNC c’est que la fusion totale et sans condition souhaitée par Gilles Simeoni est contreproductive ». C’est bien le message qu’il voudra faire passer lors de l’AG de son parti, auprès de militants soucieux de préserver l’union mais parfois impatients de voir leur leader voler de ses propres ailes. Ce qui nous renvoie à l’autre enseignement que nous donne l’enterrement du parti unique : Angelini avance. « Le président de l’exécutif croule sous les fonctions, représentation auprès de l’Etat, de l’Europe, des personnels, etc. Il est nécessairement perçu comme étant inscrit dans une démarche très institutionnelle au contraire des conseillers exécutifs qui eux ont pour seules charges le bon fonctionnement de leur agence ou office et la réalisation de leur mission. Autant qu’on le dise, Gilles Simeoni n’est pas mon adversaire mais mon partenaire. Ce que je demande c’est le respect de mes prérogatives, celui de ma parole politique. » Avec une prudence de Sioux, certes, mais il avance, c’est sûr. Sur le terrain, mais pas seulement. « C’est la pire négociation jamais conduite, en 30 ans, avec l’Etat » balance-t-il sur le plateau de Cuntrastu(27 mai) à l’évocation de l’inscription de la Corse dans la Constitution. Ce n’est pas un désaveu de Gilles Simoni : « Je pense qu’on ne pouvait pas faire mieux, globalement. » Mais c’est peut-être pire tant cela ressemble à un acte politique, qui se veut fondateur : c’est lui qui annonce le changement de mode opératoire avec l’Etat, qui fixe le cap. En attendant il s’agira de prouver que les nationalistes ne sont pas que des idéologues. Mais là, Angelini est sur son terrain. Puis viendront les municipales, qui pourraient redistribuer les cartes. Ou pas. Ce qui n’est pas nouveau c’est que Simeoni et Angelini se jaugent, jusqu’à l’exaspération. Quand le second nommé s’émancipera-t-il du premier ? Ce sont sans doute les circonstances qui le décideront. Ce sont toujours les circonstances qui décident en politique. Mais disait Pasteur, le hasard ne favorise que les esprits préparés. Il y a longtemps que Jean-Christophe Angelini se prépare.
 



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