IN CORSICA

Jérôme Ferrari Barbara Cassin : "Banalité du mal"


Rédigé par Constant Sbraggia le Mercredi 5 Octobre 2016 | Lu 302 commentaire(s)

Entre la philosophe Barbara Cassin et le professeur de philosophie et romancier Jérôme Ferrari s’est établie une complicité intellectuelle avant même qu’ils ne se rencontrent. Barbara Cassin avait lu passionnément Le sermon sur la chute de Rome qui valut à Jérôme Ferrari le Goncourt en 2012. Jérôme Ferrari avait dévoré La nostalgie, le dernier ouvrage de Barbara Cassin paru en 2015, et s’est nourri avidement de ses travaux. Leur conversation porte sur le sens du concept de « banalité du mal » avancé par Anna Arendt à l’occasion du procès d’Eichmann pour lequel elle s’était fait accréditer comme reporter par le New Yorker. Concept qui provoqua et continue de provoquer la polémique. Cependant, ce concept de « banalité du mal », Cassin et Ferrari l’inscrivent au-delà de la Shoa, dans un contexte politique qui est celui de la crise des migrants. Ni un combat de concepts, ni un arsenal d’injonctions. Juste un rayon de soleil. De lumière.


Jérôme Ferrari photo Patrice Normand/Actes Sud
Jérôme Ferrari photo Patrice Normand/Actes Sud
Jérôme Ferrari : Comment comprenez vous le concept de « banalité du mal » - si tant est qu’il s’agisse bien d’un concept ? Et comment expliquez-vous qu’il fasse l’objet de tant de contresens depuis la parution de Eichmann à Jérusalem ?
 
Barbara Cassin : Eichmann à Jérusalem, le récit du procès pour lequel Arendt s'est fait accréditer comme reporter par le New Yorker, est sous-titré "Rapport sur la banalité du mal".  Drôle de couple : banalité du mal! Comment comprendre ici "banalité"? Un four, un moulin, est "banal" quand, après la disparition du régime féodal, il n'est plus soumis au droit du seigneur, qui le possède et oblige à lui louer, mais devient communal, mis à la disposition de tous : "commun" dans tous les sens du terme, donc aussi vulgaire. Eh bien, c'est exactement ce qu'Arendt veut dire : Eichmann n'est pas un monstre, mais la figure la plus commune, la plus vulgaire même, de l'absence de pensée. On comprend la polémique qu'un tel concept provoque aussitôt. Je dis concept, pour ma part, car même si Arendt remarque dans La Vie de l'esprit que "cette expression ne recouvre ni thèse ni doctrine, bien que j'ai confusément senti qu'elle prenait à rebours la pensée traditionnelle"[[1]]url:#_ftn1 , "banalité du mal" est bel et bien, je crois, par les effets d'intelligibilité et de questionnement que le syntagme ne cesse de produire, une trouvaille, quelque chose comme l'un de ces "personnages conceptuels" nouveaux dont parle Deleuze dans Qu'est-ce que la philosophie ?Arendt explique, sinon les contresens, du moins ce qu'elle appelle les "malentendus", qui entourent la "banalité du mal", dans un entretien pour la radio avec Joachim Fest, en novembre 1964, un an après Eichmann à Jérusalem. Ces malentendus, dit-elle,  "font partie de ce petit nombre de malentendus qui sont authentiques"[[2]]url:#_ftn2 . Elle explique qu'elle n'a pas voulu dire qu'il y a "un Eichmann en chacun de nous" : c'est "banal", c'est "médiocre", mais ce n'est pas pour autant "courant"! Car Eichmann a ceci d'exceptionnel qu'il était "d'une bêtise révoltante"! "Eichmann était tout à fait intelligent - dit-elle dans l'entretien -, mais il avait cette bêtise en partage. C'est cette bêtise qui était révoltante. Et c'est précisément ce que j'ai voulu dire par le terme de banalité. Il n'y a là aucune profondeur, rien de démoniaque! Il s'agit simplement du refus de se représenter ce qu'il en est véritablement de l'autre, comprenez-vous?". Eichmann, "le spécialiste" pour reprendre le titre du film de Eyal Sivan et Rony Brauman : le nez sur le guidon, il fait bien son boulot de planificateur d'extermination comme d'autres conduisent bien les trains. C'est un fonctionnaire. Il a des scrupules, mais "ces scrupules n'ont pas suffi à lui faire comprendre qu'il y a une limite au-delà de laquelle l'homme cesse de fonctionner". Trop bête pour ça! Cette limite en deçà de laquelle le banal touche à l'inhumain, c'est la capacité de se mettre à la place de l'autre : quand il en est incapable, l'homme n'est plus un homme. A nous de voir si et comment cela s'applique aujourd'hui, ici et maintenant, en Méditerranée par exemple... Je voudrais, en tant que philosophe, souligner un autre point : la manière dont la banalité du mal touche au langage. Car cela aussi me paraît de première importance aujourd'hui. La "banalité" d'Eichmann se marque à sa manière de parler. Arendt évoque « la lutte héroïque d’Eichmann avec la langue allemande, dont il sort toujours vaincu » : « Il s’excusa en disant : “Le langage administratif est mon seul langage”. Mais [...] le langage administratif était devenu son langage parce qu’il était réellement incapable de prononcer une seule phrase qui ne fut pas un cliché.[[3]]url:#_ftn3  » « Cliché » est le terme qui doit nous arrêter : la banalité du mal n’est pas sans lien avec la banalité de la langue qu'on utilise. Ainsi, quand Eichmann parle de "réconciliation" à la fin du procès, c'est encore un "scandaleux cliché" qu'il partage avec "bon nombre d'Allemands ordinaires " — des clichés "aussi dépourus de réalité que ceux sur lesquels le peuple avait vécu pendant douze ans"[[4]]url:#_ftn4 . Le nazisme comme un poison qui infuse la langue allemande avec des mots et des idées qu'on n'a plus les moyens de remettre en question, c'est aussi la perception de Victor Klemperer, ce philologue juif époux d'une Allemande non juive, assigné à résidence dans une maison de juifs, qui décrit avec une force et une vigilance incroyables l'évolution de la langue dans Lingua Tertii Imperii et son Journal d'un philologue... Les clichés : voilà pourquoi je nourris une telle méfiance à l'égard des "éléments de langage" et des "mots-clefs". Cet embrigadement langagier est le contraire du politique. Arendt nous demande de comprendre que le politique est une affaire de jugement, et même de goût : il faut pouvoir parler soi-même, sans répéter les mots des autres, ni les emprunter comme allant de soi. Elle exige qu'on ne renonce jamais à exercer une pensée critique. Or, après tout, cela s'enseigne et s'apprend. C'est même cela qu'on devrait enseigner et apprendre. L'éducation, la culture, est tout autre chose qu'un formatage : être cultivé, c'est peut-être mettre ses mots dans les mots des autres, mais en les choisissant comme on choisit ses amis, en les faisant jouer et en les transformant. 
A vrai dire, la polémique autour de la banalité du mal est d'autant plus vive que Arendt dans sa description du procès a touché à un point autrement sensible à Jérusalem même : celui du rôle et de la responsabilité des Conseils juifs. C'est évidemment cela qui est intolérable pour un Gershom Scholem par exemple, ami ou ancien ami, très écouté et à juste titre. Dans un échange critique plutôt violent, il reproche à Arendt sa flippancy,  son ton désinvolte, pour traiter d'un tel sujet[[5]]url:#_ftn5 . Elle manque d'amour pour le peuple juif, lui écrit-il. Scholem ajoute qu'elle se sert de la "banalité du mal" comme d'un slogan pour éviter une véritable analyse:  il faut creuser plus profond. Pour Scholem, connaisseur de la Kabbale, Eichmann était un « excellent exemple de la destruction systématique de l’image de Dieu dans l’homme »[[6]]url:#_ftn6 . Pour Arendt, "on ne pouvait s'empêcher de penser que c'était un clown"[[7]]url:#_ftn7 . On mesure la distance! Mais bêtise et puissance, cela décrit peut-être après tout un nouveau genre de diable - à moins qu'Eichmann ne fût diaboliquement rusé, et qu'Arendt comme d'autres ne se soit laissée prendre à une bêtise feinte.
Quoi qu'il en soit, la force de l'idée même de "banalité du mal, c'est de nous rendre sensible au mal qui va sans dire, comme une doxa si partagée qu'elle a l'air naturelle, dans l'air du temps. La Commission Vérité et Réconciliation a ainsi fait comparaître en Afrique du Sud des bourreaux capables d'expliquer, de manière très affablement didactique, le maniement de la gégène comme on expliquerait celui d'un Robot Marie. Sans voir d'aucune manière ce qu'ils étaient en train de faire ni l'effet qu'ils produisaient sur les familles des victimes, sans être capables de se mettre un instant à la place de l'autre. Les mots d'Arendt, banalité du mal, ont aidé là-bas à penser cet apartheid qui allait de soi pour tous et pendant si longtemps, des Eglises au gouvernement - cela veut dire "développement séparé". Qui peut être contre? Circulez, il n'y a rien à voir... Et c'est la langue des Boers qui était alors atteinte pour la journaliste et romancière Antje Krog, comme le fut la langue allemande pour Adorno, Arendt, Klemperer ou Celan. Si la banalité du mal est ainsi liée à la langue que l'on parle, on comprend l'importance que Arendt accorde à la langue maternelle, celle des berceuses et des poèmes, celle dans laquelle on rêve et on invente - elle devrait pouvoir permettre d'échapper aux clichés. Encore faut-il pouvoir et vouloir un geste de plus : séparer la langue et le peuple, désenraciner la langue, la partager : "une langue, ça n'appartient pas," dit Derrida.  C'est ainsi qu'Arendt choisit d'avoir sa langue pour patrie. L'allemand, mais pas l'Allemagne, ni le peuple allemand  - pas plus d'ailleurs que le peuple juif, auquel elle ne se sent pas plus appartenir qu'à quelque peuple que ce soit. Un tel chemin qui privilégie la pluralité, la diversité, avec quelque chose comme un désenracinement pour condition du politique, ne va pas de soi. Il fait bouger les clichés, les certitudes et les assurances au sein même de la langue maternelle par la confrontation et la comparaison avec les autres langues. Il nous fait pénétrer dans ce qu'Arendt appelle "la chancelante équivocité du monde"[[8]]url:#_ftn8 : à proprement parler, pour elle, la condition humaine. Pas facile.
 
Jérôme Ferrari : L’exemple que vous donnez des bourreaux sud-africains m’évoque un documentaire, effarant, que j’ai vu cette année : The act of killing. Joshuah Oppenheimer, le réalisateur, filme une bande de malfrats ayant participé aux massacres de « communistes » en Indonésie, en 1965, et l’un d’eux, Anwar Congo explique tranquillement face à la caméra le fonctionnement d’un ingénieux dispositif à étrangler de son invention, dont il est manifestement assez fier. A la fin du film, Anwar rejoue une scène dans lequel il doit tenir le rôle de la victime. Et cela, il ne peut le supporter. Il demande : « Joshuah, tu crois que les gens que j’ai tués ont ressenti la même chose ? » et Oppenheimer lui répond : « Ils ont ressenti bien pire parce que toi, tu jouais une scène de film alors qu’eux savaient qu’ils allaient mourir. » Manifestement, pendant quarante ans, pas une seule fois cette idée n’était venue à l’esprit du bourreau. Pour que ce soit possible, il a fallu qu’on le mette physiquement, fût-ce dans un cadre fictif, à la place de l’autre. Avant cet instant, Anwar et ses amis font preuve d’une désinvolture et d’une vulgarité inimaginables dont leur devise, « Relax et Rolex », peut sans doute donner la mesure. Que le mal soit à ce point lié à la médiocrité et qu’il ne puisse, comme le dit Hannah Arendt, pas être radical parce que, n’ayant aucune profondeur, il ne s’enracine en rien, c’est peut-être cela qui est jugé inacceptable. En un sens, le mal serait plus rassurant s’il était démoniaque sauf, bien sûr, si le démon lui-même, comme chez Dostoïevski, est un petit personnage méprisable, verbeux et mal fagoté. Avant que nous abordions les problèmes liés à l’usage de la langue et notamment la rapidité fascinante avec laquelle, au vu et au su de tout le monde, les « éléments de langage » ont contaminé l’ensemble du discours politique, j’aimerais savoir, puisque vous y faites allusion, comment le concept d’Arendt peut éclairer ce qui se passe aujourd’hui, en Méditerranée, avec les réfugiés.
 
Barbara Cassin : Arendt a vécu elle-même un ensemble de choses pas faciles. Juive sans s'en apercevoir avant qu'on ne l'insulte, amoureuse d'un infréquentable (Heidegger) qui continue d'incarner la philosophie -sans laquelle elle est "pour ainsi dire perdue"- , arrêtée très brièvement et relâchée parce qu'elle use de la sincérité de son charme, en fuite à travers plusieurs pays, en exil aux Etats Unis où elle finit, il est vrai, reconnue et "naturalisée"... Ce n'est pas une traversée où elle risque la noyade, mais elle sait ce que sait qu'être un réfugié. We refugiees, "Nous autres réfugiés", publié pour la première fois en 1943, est un texte magnifique. Elle raconte comment "Nous avons été expulsés d'Allemagne parce que nous étions juifs. Mais à peine avions-nous franchi la frontière que nous devenus des boches"[[9]]url:#_ftn9 . J'aimerais le citer un peu longuement, parce qu'il montre avec quels outils d'une banalité effarante l'organisation des Etats-nations fabrique les réfugiés, mais aussi parce qu'il donne le brin d'espoir qu'au milieu du pire "croît aussi ce qui sauve" (je déteste l'usage heideggérien de cette phrase de Hölderlin, mais c'est elle qui me vient naturellement-culturellement ici). Juifs/ boches, réfugiés politiques /terroristes, cela concorde déjà. Le diagnostic sur l'histoire contemporaine est sans bavure : « Manifestement, personne ne veut savoir que l’histoire contemporaine a engendré un nouveau type d’êtres humains —ceux qui ont été envoyés dans les camps de concentration par leurs ennemis et dans les camps d’internement par leurs amis »[[10]]url:#_ftn10 . Le répertoire des moyens, c'est la banalité du mal même : «  La société  a découvert que la discrimination était la grande arme sociale au moyen de laquelle on peut tuer les hommes sans effusion de sang, puisque les passeports ou les certificats de naissance et même parfois les déclarations d’impôts ne sont plus des documents officiels, mais des critères de distinctions sociales »[[11]]url:#_ftn11 . Le brin d'espoir, c'est que la banalité du mal soit si générale qu'elle oblige à une nouvelle évaluation, à commencer par  la perception du "réfugié". "Pour la première fois, dit Arendt, l’histoire juive n’est pas séparée de celle de toutes les autres nations mais liée à elles ». Oublions le cas juif : cela vaut pour tous les réfugiés : « Les réfugiés allant de pays en pays représentent l’avant-garde de leurs peuples —s’ils conservent leur identité"[[12]]url:#_ftn12 .
La langue est présente là-dessous : comment conserver son identité et quelle identité conserver quand on est nulle part chez soi? Arendt garde son accent allemand en américain, soigneusement, comme sa langue sous l'autre langue, elle ne cherche pas à user de tournures idiomatiques, elle veut parler étrangement, au moins encore un peu, aussi comme une étrangère. La langue allemande, les textes qu'elle a lus et qui l'ont fabriquée, elle transporte cela en elle avec elle. Quand à l'école de Calais on recueille les histoires des migrants en leur langue, quand on dessine pour les enfants une concordance des alphabets, quand les aide à cultiver leur culture en même temps qu'on leur en enseigne une autre, je crois qu'on agit bien.
Je vous envoie la photo que j'ai prise à Calais, juste après le démantèlement de la zone Sud. Elle dit beaucoup de choses  à elle toute seule.
 
Jérôme Ferrari : Je suis tout à fait persuadé que le diagnostic posé par Hannah Arendt n’a rien perdu de sa pertinence. Le fait que les Syriens, par exemple, massacrés dans leur pays, soient ici considérés comme des terroristes potentiels est indéniable. Mais j’ai toujours eu du mal à croire que « là où est le danger, croît aussi ce qui sauve ». Aider les enfants des migrants à cultiver leur culture en même temps qu’on leur en enseigne une nouvelle, c’est certainement bien agir. Et je suis même persuadé, en dehors de toute considération morale, que c’est la seule façon de les faire accéder à une nouvelle culture parce qu’ainsi, en les reconnaissant pour ce qu’ils sont, on ne leur donne aucune raison de la rejeter. Hannah Arendt, dans un texte par ailleurs contestable,[[13]]url:#_ftn13 écrit ceci : « Psychologiquement, la situation de ne pas être voulu (problème social typique) est plus difficile à supporter que la persécution déclarée (problème politique) parce que l’orgueil personnel est en jeu. Par orgueil, je n’entends pas quelque chose comme “fier d’être noir” ou juif ou WASP, etc., mais le sentiment spontané et naturel d’identité qui nous échoit par l’accident de la naissance. L’orgueil, qui ne se compare pas et ignore les complexes d’infériorité et de supériorité, est indispensable à l’intégrité personnelle. » Ce qu’Arendt nomme « orgueil » ressemble beaucoup à ce que Simone Weil, dans L’Enracinement[[14]]url:#_ftn14 appelle « honneur » et compte parmi les besoins vitaux de l’âme humaine. « Ce besoin, écrit-elle, est pleinement satisfait si chacune des collectivités dont un être humain est membre lui offre une part à une tradition de grandeur enfermée dans son passé et publiquement reconnue au dehors[[15]]url:#_ftn15  » Et elle ajoute ceci, qui concerne l’empire colonial mais peut sans grandes difficultés ni pertes, me semble-t-il, être transposé au monde que nous connaissons : « Actuellement, nous parlons [de Jeanne d’Arc] aux Annamites, aux Arabes ; mais ils savent que chez nous on n’entend pas parler de leurs héros et de leurs saints ; ainsi, l’état où nous les maintenons est une atteinte à l’honneur.[[16]]url:#_ftn16  » Je crains fort que la reconnaissance dont les enfants jouissent à l’école de Calais n’existe pas ailleurs. Les récentes polémiques sur l’enseignement de l’arabe, - langue communautaire dans laquelle, comme chacun sait, rien d’important ne fut jamais écrit - ne témoignent pas seulement d’une inculture hallucinante mais aussi, et surtout, d’un mépris presque inébranlable dans sa candeur. Ici encore, je ne me place pas dans une perspective morale : c’est politiquement et socialement que ce mépris a des conséquences catastrophiques dont je ne vois pas comment nous les éviterons. Quand je m’exprime ainsi, je sais parfaitement quel type de réactions je peux susciter, il suffit de consulter les réseaux sociaux, et je peux même prédire sous quelle forme elles s’exprimeront. Parce que « nous sommes en guerre », tout discours autre que martial provoque immédiatement un déferlement de clichés – « bien pensance », « angélisme », « repentance », « boboïtude » qu’on opposera au « parler vrai », au « moi, j’vais vous dire » de Sarkozy. Je suis peut-être victime d’une illusion d’optique mais il me semble que jamais les forces qui tendent à rigidifier la langue et même, si j’en crois les senteurs qu’elle exhale, à la nécroser n’ont été si triomphantes.
 
[[1]]url:#_ftnref La Vie de l'esprit, I, La pensée, PUF, 1981, trad. Lotringer, p. 18.
[[2]]url:#_ftnref Hannah Arendt, Joachim Fest, "Eichmann était d'une bêtise révoltante", Entretiens et lettres, Fayard, 2013, ici p. 50, puis 51-52, puis p. 58 (je souligne).
[[3]]url:#_ftnref Eichmann à Jérusalem, Rapport sur la banalité du mal, Gallimard, Folio, 2002, p. 116-117.
[[4]]url:#_ftnref Ibidem, p. 122-124
[[5]]url:#_ftnref Cf. "Eichmann in Jerusalem. An Exchange of Letters Between Gershom Scholem and Hannah Arendt", Encounter janvier 1964. Repris dans Fidélité et Utopie, Calmann-Lévy, 1978, ici p. 213.
[[6]]url:#_ftnref Fidélité et utopie, Calmann-Lévy, 1978, p. 213; Hannah Arendt, Ecrits juifs, Fayard, p. 244
[[7]]url:#_ftnref Eichmann à Jérusalem, p. 94.
[[8]]url:#_ftnref Journal de pensée, Seuil, 2005, trad. S. Courtine-Denamy, cahier II, Nov 1950, [15], p. 57.
[[9]]url:#_ftnref Ecrits juifs, Fayard, 2011, p. 420-432; ici p. 427.
[[10]]url:#_ftnref Ibidem, p. 422.
[[11]]url:#_ftnref Ibidem, p. 431.
[[12]]url:#_ftnref C'est la conclusion du texte, p. 432.
[[13]]url:#_ftnref Réflexions sur Little Rock in Responsabilité et jugement, PBP 2009, p. 249
[[14]]url:#_ftnref L’enracinement, Flammarion, 2014
[[15]]url:#_ftnref Ibid, p. 91
[[16]]url:#_ftnref Ibid, p. 92

Barbara Cassin photo Rita Scaglia/In Corsica
Barbara Cassin photo Rita Scaglia/In Corsica

Jérôme Ferrari/Actes Sud
Jérôme Ferrari/Actes Sud

Barbara Cassin photo Rita Scaglia/In Corsica
Barbara Cassin photo Rita Scaglia/In Corsica



Dans la même rubrique :
< >

Dimanche 18 Octobre 2015 - 01:30 Maria Guidecelli

Mercredi 5 Août 2015 - 17:53 ALERIA L’AUTRE REGARD



Maria Guidecelli

18/10/2015 - Constant Sbraggia

ALERIA L’AUTRE REGARD

05/08/2015 - Patrick Vinciguerra

Profession comédien corse

16/04/2015 - Gilles Millet

Paul Leonetti

16/04/2015 - Constant Sbraggia

Partager ce site


2 € Achetez en Ligne !
Facebook
Twitter
Rss