IN CORSICA

La société corse et les inégalités Par Guillaume Guidoni


Rédigé par Constant Sbraggia le Vendredi 3 Août 2018 | Lu 3366 fois | 1 commentaire(s)

La question de la répartition des richesses au sein de la population est un thème les plus « chauds » du débat économique. Les travaux y ont été très riches ces dernières années, dépassant la sphère universitaire. Les institutions internationales n’en font plus un élément accessoire de leurs analyses et parlent ouvertement de la nécessaire réduction des inégalités. En Corse, le schéma de développement adopté fin 2016 en fait aussi un élément important à la fois du diagnostic et de la stratégie. Dans l’île, le constat est simple : les inégalités sont fortes et bien ancrées au sein de la société. Par Guillaume Guidoni


photo Pascal Dolemieux
photo Pascal Dolemieux
Si le niveau de pauvreté – 19,8 % de la population des ménages en 2015 – est souvent repris dans le débat public, les notions portant sur les inégalités sont moins présentes. Ceci peut s’expliquer à la fois par le champ beaucoup plus large que couvre le thème « inégalités » et, souvent, par un manque de mesures claires.
 
Il existe plusieurs formes d’inégalités, qui peuvent porter sur des critères financiers, comme les revenus ou le patrimoine, ou sur des critères plus sociaux, comme les inégalités en termes d’accès à la santé, à l’éducation supérieure ou à la culture. La mesure de ces inégalités est assez limitée en France. L’appareil statistique ne donne au niveau local que des mesures sur les inégalités de revenus. En revanche, les mesures plus larges portant sur la répartition de la richesse créée entre travail et capital, sur les patrimoines ou sur les revenus de ce qu’on appelle désormais les « 1 % », sont très difficilement accessibles à l’échelle régionale.
 
Sur la notion de patrimoine, l’actualité a mis l’accent sur les données d’impôt sur la fortune en Corse. Le nombre de redevable de l’ISF a en effet connu une forte hausse depuis près de 10 ans, passant de 587 foyers en 2003 pour atteindre 1 321 foyers en 2015 dans l’ensemble de l’île. Les ménages les plus aisés en termes de patrimoine sont ainsi passé de 0,3 % de l’ensemble des foyers fiscaux de l’île, à 0,7 %. Une évolution d’autant plus frappante que, sur l’ensemble de la France, la réforme de 2011 a entraîné une baisse du nombre de redevable. De toute évidence, la hausse de la valeur du foncier et de l’immobilier a joué à plein.
 
De plus, on constante que les revenus des indépendants et les revenus de la propriété sont surtout concentrés sur les 10 % les plus riches. Ces derniers sont souvent des multipropriétaires et disposent d’un capital professionnel, foncier et immobilier (y compris locations saisonnières) bien plus important. Ce sont aussi ces ménages qui bénéficient le plus des dispositifs de défiscalisation, notamment immobilier. Pour ces ménages le capital s’est accumulé d’autant plus vite qu’il a aussi été nourri par une hausse des revenus. Avec, une nuance forte à apporter sur ce point. En effet, la hausse du revenu disponible des 20 % les plus aisés entre 2012 et 2015 est moins rapide que celles des autres classes de revenus. On n’a donc pas eu une « captation » de la croissance par les plus riches. Toutefois, la capacité à épargner est beaucoup plus forte dans la partie supérieure des classes de revenus. Ainsi, même avec des revenus un peu moins dynamiques, les plus aisés ont bien plus de possibilités pour accumuler du patrimoine.
 
La Corse présente d’ailleurs une répartition des revenus très différente selon qu’on parle des plus aisés ou des plus défavorisés. Il n’y a pas de décalage de l’ensemble de l’échelle dans l’île par rapport au continent. Ainsi, la distribution des revenus fait apparaître que pauvres sont comparativement plus pauvres que sur le continent. Inversement, pour les 40 % les plus riches, les revenus sont proches de ceux du continent.
 
La politique de redistribution a certes un effet. Les mesures d’inégalités sont divisées par 2 après que l’on inclut dans les prestations sociales : les revenus des 20 % les plus riches ne sont plus que 4,8 fois supérieurs à ceux des 20 % les plus pauvres après redistribution, contre près de 8,6 fois avant. Néanmoins, la « sous-consommation » des prestations sociales est très visible. Les plus pauvres des ménages corses perçoivent moins de 30 % de leurs revenus disponibles sous forme de prestations sociales quand ce taux dépasse 40 % dans 5 grandes régions du continent et 30 % pour les autres. On a aussi un poids des allocations chômage plus faible dans les revenus des plus pauvres. Si la pauvreté des personnes âgées explique une partie de ce décalage, le retard en termes de mobilisation du système de protection sociale est patent. Par conséquent, les politiques publiques de réduction de la pauvreté ont une efficacité réduite dans l’île par rapport au continent. Soit dit en passant, en facilitant l’accès aux aides sociales, la Collectivité de Corse pourrait sensiblement réduire la grande précarité.
 
La conclusion des deux éléments précédents est que les inégalités sont fortes au sein des ménages corses. Le système français de redistribution permet d’amortir cette problématique mais ne l’efface pas. Il est très probable que les inégalités entre ménages aient très peu évoluées depuis 20 ans, malgré une croissance élevée sur la durée. En revanche, les classes populaires et les précaires restent à la marge du mouvement de croissance même lorsqu’ils travaillent.
 
Les inégalités étaient déjà visibles au XIXesiècle. En 1835, les informations sur les côtes d’imposition montrent une concentration de la richesse, notamment foncière, sur quelques familles avec des niveaux d’imposition hors norme par rapport aux autres. Une situation qui ne fut sans doute pas complètement étrangères à l’émigration massive qui débuté à la fin du siècle, les jeunes fuyant une société bloquée. Elle n’est sans doute pas étrangère à l’existence de tensions sociales entre les milieux populaires et les « élites » ou à la fuite des cerveaux qui continue à frapper l’île.
 
Les inégalités sont des freins posés sur le potentiel économique. Une large part de la population corse a des revenus faibles voire très faibles. Elle est donc plus sensible aux pertes de pouvoirs d’achat conjoncturelles – comme actuellement, les mouvements des prix des carburants – ou structurel, comme avec le gel des retraites. Pour les jeunes actifs, le retard de niveau de vie provoque plus durement des difficultés pour se loger ou s’insérer de façon acceptable dans la société. Finalement, cela se répercute sur la consommation.
 
Plus grave, cette précarité se perpétue entre générations. Les enfants issus des familles les plus défavorisés ont des moins de possibilités pour accumuler un capital social et culturel par rapport aux enfants des classes moyennes ou aisées. Les possibilités pour poursuivre des études sont réduites, leur coût étant un frein objectif. Une entrée compliquée sur le marché du travail peut poursuivre un actif tout au long de sa carrière, augmentant la probabilité pour la génération suivante de vivre aussi dans la précarité.
 
Les inégalités de revenus et de patrimoine enferment une partie de la population de la Corse dans une sous-activité, voire une sous-participation à la vie sociale. Les familles monoparentales, les personnes précaires dans les territoires ruraux, les chômeurs de longue durée ou encore les jeunes sans formation ou travail sont autant de potentiels d'initiative et de croissance encore trop peu intégrés à l’économie de l’île. Un gâchis humain et économique qui pèse sur l’avenir.




1.Posté par Paul le 20/08/2018 12:14
Article très intéressant ; dommage cependant qu'il soit truffé de fautes d'orthographe qui laissent penser qu'il n'a pas été relu.
Ou alors le relecteur dormait :o)

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