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Le paradoxe européen et la France Par Jean-Claude Casanova


Rédigé par Constant Sbraggia le Mardi 8 Janvier 2019 | Lu 279 fois | 0 commentaire(s)

L’action fait l’objet d’un financement de l’Union Européenne


Dans les rapports que les Français entretiennent avec l'Europe, un paradoxe saute aux yeux. Les électeurs disposés à voter en faveur des partis pro-européens sont moins nombreux que les Français satisfaits de l'Union européenne et favorables à son développement. Cela signifie que des citoyens qui considèrent l'avenir de l'Union européenne d'un bon oeil sont disposés à voter pour des adversaires déterminés de la construction européenne, comme le sont les partisans de Jean-Luc Mélenchon, Marie Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan et autres, aux extrémités de la droite te de la gauche. Pour essayer de comprendre, patrons des faits. L’IFOP a procédé, le 24 octobre dernier, sous les auspices de l’Eurobaromètre, à une estimation des intentions de vote aux élections européennes qui se dérouleront en mai prochain. Les listes favorables à l’Europe, ce que j’appelle globalement « le Parti européen », totalisent 51% des intentions de vote. Ce sont les listes : En marche (allié au Modem) avec 20%, Républicains à 15%, Écologistes à 7,5%, Socialistes à 6% et UDI à 2,5%. Contre l’Europe (l’ensemble des listes comprenant : le Rassemblement national, Debout la France, les Insoumis, les Communistes, les Trotskystes, le groupuscule serré autour de Benoît Hamon) parviennent à 43,5%. Le résidu reste pour l’instant inclassable. Bien sûr, tout cela évoluera en fonction du choix des têtes de liste, de leur campagne et des événements. Bien sûr, j’espère que le parti européen demeurera en tête, mais s’il conserve la majorité ce ne sera que de peu.
        Observons maintenant les opinions à l’égard de l’Union européenne. En septembre 2018, ce sont 61% des Français qui estimaient que le fait d’être membre de l’Union européenne était une bonne chose et 64% qui pensaient que la France avait bénéficié de son appartenance à l’Union européenne, enfin 74% qui considéraient que l’Euro était une bonne chose. Sur la première question, l’opinion favorable n’a fait que progresser : elle était à 50% en 2013, 55% en 2015, 57% en 2017, puis 60% en avril 2018. On note des progressions similaires pour les autres questions. Autrement dit, les Français, peuple apparemment logique, sont de plus en plus favorables à l’Europe et ils sont de moins en moins favorables aux partis favorables à l’Europe.
    On comprend mieux quand on pose la question de savoir si l’Euro est un succès. Dans un article paru cette semaine dans la revueCommentaire, Jean-Claude Trichet, qui depuis trente ans, à Paris comme à Francfort à la tête de la Banque centrale européenne, a joué un rôle essentiel dans la construction et le renforcement de la monnaie unique, démontre que l’Euro est un succès historique. C’est une monnaie stable et crédible. Elle a résisté à la pire crise économique et financière mondiale depuis la seconde guerre mondiale. Elle est soutenue par les peuples européens qui en disposent ; les Grecs, contre leur propre gouvernement, celui du démagogue Tsipras, l’ont montré, et on ne peut pas douter que les Italiens, même dirigés par des démagogues, en feront autant. Entre 1999 et 2018 le produit par tête a été multiplié dans la zone euro par 1,89 et aux États-Unis par 1,80. En Europe, au moment de la création de l’euro le produit par tête dans la zone euro était inférieur de 21,5% à celui de la Grande-Bretagne, en 2018 il est devenu supérieur de 5%. 
  Succès historique dit bien Jean-Claude Trichet. En effet, et cela explique la faveur dont jouit l’euro en France. Car les Français savent que sans la monnaie unique ils auraient connu, comme par le passé, les dévaluations, c’est à dire la dévalorisation du travail national par rapport au travail étranger, et l’inflation, c’est à dire la baisse du pouvoir d’achat.
Pourquoi alors ces mêmes Français favorables à l’Europe sont-ils moins favorables à ceux qui défendent l’Europe et veulent la faire progresser ? C’est que ceux-ci n’ont pas tous toutes les vertus. Les partis qui ont soutenu Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, ceux qui ont soutenu François Hollande n’ont pas résolu le problème du chômage de masse ni freiné l’immigration, ils n’ont pas rétabli l’équilibre souhaitable des finances publiques, malgré la bonne orientation qu’avait choisie François Hollande, ils n’ont pas baissé les impôts qui sont désormais les plus élevés en Europe, et depuis 2002 ils n’ont pas redressé la compétitivité de notre économie alors que notre déficit commercial persiste, ajoutons qu’ils n’ont pas réduit notre dette publique qui continue de peser sur notre budget. 
Quant aux partis hostiles à l’Europe, ils imputent à l’Union européenne le chômage et l’immigration, ils croient ou feignent de croire que c’est elle et l’Euro, qui portent la responsabilité de nos difficultés et de l’arrivée d’une immigration, parfois clandestine, parfois légale, toujours étrangère à nos mœurs, difficile à intégrer et dépourvue de qualifications. Les partisans de l’Europe qui les rejoignent se laissent duper.
Tous ces sentiments entretiennent la confusion des esprits. La méfiance à l’égard de ceux qui ont détenu le pouvoir explique l’écart entre l’européanisme des Français et leurs hésitations électorales. Elle contribue aussi aux difficultés que rencontre Emmanuel Macron. Mais ceux qui voudront bien revenir aux évidences surmonteront ce paradoxe, cette méfiance et cette confusion.
 Ces évidences, comme toutes les évidences sont simples à énoncer : la générosité de la politique sociale dépend de l’accroissement de la productivité, l’accroissement de la productivité dépend de l’investissement et du progrès technique, l’investissement dépend de l’attrait qu’exerce l’économie française, le progrès technique dépend de la science et de l’excellence des entrepreneurs. Autrement dit la France a besoin de réformes qui la mette au niveau de l’Allemagne, alors que depuis plus de 20 ans elle se déclasse par rapport à ce pays. 
L’Europe en offrant une monnaie stable, un marché large, une concurrence réglée, en exigeant une politique vertueuse des finances publiques, reste le cadre idéal pour accomplir ces réformes. C’est pourquoi la politique que mène Emmanuel Macron est celle qui convient à la France, celle qui lui permettra de rester en première division en Europe. 
Les Portugais si décriés l’ont compris et mènent une politique similaire. L’Espagne s’est redressée. L’Italie le fera, après les élections européennes, quand une opportune dissolution et de nouvelles élections permettront de renvoyer dans les nuées dont ils se sont échappés les illuminés des Cinque Stelle. Enfin l’Angleterre perdue entre l’illusion mondiale et le rétrécissement national offre la leçon à ne pas suivre. Ajoutons que le choix européen d’Emmanuel Macron se renforce du trouble crée à l’Ouest par l’unilatéralisme désorganisateur de Trump et à l’Est par la vantardise impérialiste qu’illustre Poutine.
Je m’exprime avec optimisme au moment où Paris donne le spectacle désolant de manifestants qui se prennent pour des législateurs, d’écologistes oublieux d’avoir été les inspirateurs de la hausse du prix du diesel pour mieux vaticiner sur la non-croissance, d’incendiaires de voitures qui éteignent la flamme de l’Arc de triomphe à la veille de l’anniversaire d’Austerlitz. J’espère qu’Emmanuel Macron conservera la voie qu’il a choisi, avec ceux qui l’ont élu, pour la réforme en France et pour plus d’Europe. C’est à l’épreuve que se forgent ceux qui sont dignes de gouverner. Jean-Claude Casanova, directeur de Commentaire 
 
                              
 
 

Le paradoxe européen et la France                     Par Jean-Claude Casanova



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