IN CORSICA

Lutte contre la précarité : quelle place pour une politique locale en Corse ? Par Guillaume Guidoni


Rédigé par Constant Sbraggia le Jeudi 8 Novembre 2018 | Lu 25 fois | 0 commentaire(s)

Lutte contre la précarité : quelle place pour une politique locale en Corse ?

Les politiques publiques visant à réduire la précarité et les problèmes associés se sont succédé depuis plusieurs années. Les grandes mesures dans ce domaine se sont focalisées, légitimement, sur les aspects monétaires. La création du RMI au début des années 90 et sa mutation en RSA en 2009 furent les plus notables, avec un impact significatif en termes de réduction de la pauvreté, comme le montrent les données de la DARES. Parmi les annonces du gouvernement actuel, en septembre, la création à horizon 2020 d’un « revenu universel d’activité » fusionnant les minimas sociaux serait aussi une évolution importante.


Si l’application est parfois déléguée aux collectivités, comme avec la gestion du RSA, ces politiques sont surtout définies à une échelle nationale. C’est une conséquence logique de la mise en place d’un système de redistribution efficace entre les individus. La sécurité sociale est l’un des domaines les plus unitaires dans les États européens, avec parfois une constitutionnalisation de son aspect national. Compte tenu des effets potentiellement très profonds sur le marché du travail et de la répartition très inégale des richesses entre les régions, un système à une échelle réduite serait peu pertinent. Parce qu’elle dépend du système national de protection sociale, structurellement intégré, une action purement locale est donc limitée. Mais elle n’est pas dérisoire.
Concernant l’aspect financier, les données sur les allocataires du RSA ne sont pas cohérentes avec celles sur la précarité. Avec un taux de pauvreté en Corse au plus haut parmi les régions métropolitaines, on aurait pu s’attendre à avoir un taux de bénéficiaires proche de celui des Hauts-de-France ou des départements du littoral méditerranéen. En fait, il est dans l’île près de deux fois inférieur à la fin 2016. Ce constat se retrouve dans toutes les aides, à l’exception du minimum vieillesse. La Collectivité de Corse étant responsable de l’attribution du RSA, une réponse locale renforcée semble possible au moins pour cette prestation sociale.
Au-delà de la question monétaire, il y a d’autres réponses plus ciblées à apporter. Pour les personnes âgées, c’est la prise en charge de la dépendance et de la fin de vie, avec un accès aux institutions spécialisées trop coûteux pour beaucoup. Pour les familles monoparentales, l’accès aux places en crèche est une barrière à l’emploi bien identifiée. Pour beaucoup, la précarité énergétique est accentuée par le manque de couverture en transport en commun sur le territoire. Pour les ménages les plus défavorisés, tous ces obstacles sont quotidiens.
Dans une étude de 2016, l’Insee Corse notait qu’« accéder aux équipements du panier de vie courante, tels qu’un supermarché, un médecin, ou un collège, nécessite un temps moyen de 21 minutes dans la région, quand 10 minutes suffisent en moyenne sur le continent. Sur l’île, le temps d’accès est aussi plus élevé que dans les autres départements à dominante rurale : 14 minutes en moyenne dans les Hautes-Alpes et les Alpes de Haute Provence, en Lozère ou dans la Nièvre ». Même les centres urbains secondaires de l’île sont concernés. Sur le continent 90 % de la population a accès aux équipements de la vie courante en moins de 7 minutes, contre 57 % en Corse. Sur ces problématiques, les collectivités locales sont en première ligne. Elles sont responsables des investissements dans les infrastructures de base (transport, numérique, action sociale…) et bénéficient d’un soutien conséquent de l’Etat et de l’Europe (PEI, plan européen, plan numérique, Comité de Massif…). Si réduire les fractures sociales et territoriales ne se fera pas uniquement grâce aux administrations locales, elles sont très largement à l’origine des projets et des solutions.
Enfin, l’accès au logement est aussi un enjeu fort en termes d’accès aux services de base. Il manque actuellement près de 6 000 logements sociaux en Corse par rapport à un niveau « idéal » (M. Barthomeuf, « Logements sociaux en Corse – Territorialisation des besoins d’ici 2030 », Rapport d’étude du CEREMA). Les locataires étant renvoyés dans le parc privé par manque de place, les loyers pèsent d’autant plus lourds dans les budgets des ménages corses. D'ici à 2030, le CEREMA estime qu’il faudrait doubler le parc social pour arriver à une situation satisfaisante. Ce qui implique de quadrupler à partir de 2020 le rythme annuel de construction, à 1 200 logements par an, quand on n’en construisait que 314 en moyenne entre 2012 et 2017. Il est évident que tendre cet objectif à l’horizon de quelques années n’est pas simple. Le logement social est un domaine où s’enchevêtrent les financeurs, les organismes et les collectivités. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une politique majeure pour améliorer la qualité de vie des habitants, avec une marge de progression très élevée dans l’île.
La précarité ayant de multiples visages, les réponses sont forcément très diverses. Les questionnements sur l’importance des aides, sur les mesures d’accompagnement et la nécessité de réduire les freins à l’insertion sont tout aussi prégnants en Corse que sur le continent. Les mêmes causes créant les mêmes effets, les grands axes politiques sont nécessairement nationaux. Pour autant, les réponses peuvent aussi être très ciblées et très locales. Les intercommunalités et la Collectivité de Corse sont au cœur des politiques publiques d’accès aux aides sociales, aux services de base et au logement. En se saisissant pleinement de leurs compétences, elles ont donc de la place pour répondre concrètement aux besoins des Corses dans ces domaines. 



Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique :
< >

Jeudi 16 Avril 2015 - 15:06 Homere au secours des jeunes

Jeudi 20 Septembre 2018 - 20:46 Objectif culture par Guillaume Guidoni



Partager ce site


2 € Achetez en Ligne !
Facebook
Twitter
Rss