IN CORSICA

Projet l 140


Rédigé par Claudine Olmetta le Mercredi 12 Août 2015 | Lu 457 fois | 0 commentaire(s)

Une question. Des entretiens. Une édition. Une architecture. Un objet. Tel est chronologiquement, le modus operandi de l140, bureau de conception de projets entre art et architecture.


Mélissa Epaminondi ©ritA Scaglia
Mélissa Epaminondi ©ritA Scaglia
L140 développe un concept original imaginé par trois jeunes artistes : Mélissa Epaminondi, architecte et plasticienne, Anji Dinh Van, fondatrice d’un collectif art et mode, Sophie Vigourous, galeriste d’art contemporain.
En 2009, en synergie, elles créent un bureau de conception de projets, entre art et architecture. Leur deuxième opus propose Une édition de vacances, déclinée dans une galerie parisienne.
Les jeunes fées de l’art contemporain se penchent ainsi sur un berceau rêvé, pour vacances idéales.
L140, raconte Mélissa, correspond « à la largeur d’un lit », « à l’envergure de deux bras déployés ». Leurs créations  épousent les contours de l’intime… A partir d’une question,  « quelle serait pour vous la maison de vacances idéale ? » et d’entretiens compilés en une édition, elles élaborent un objet, une architecture. Aux confins du voyage psychanalytique, le procédé vise l’émergence d’un désir d’espace à vivre.
Les enquêtes menées, auscultent  et transposent l’intériorité. Images spéculaires, les projections architecturales réfléchissent les paysages mentaux. Tour à tour  accoucheur et traducteur des imaginaires, l’architecte accompagne le fantasme  énoncé, de conceptualisation en concrétisation.
Le panel des personnes consultées est bigarré : artistes, architectes, écrivains, sportifs, mais aussi enfants et anonymes d’ici et d’ailleurs. Les ouvriers du chantier qui travaillent à bâtir la maison de rêve de Claire, à Oletta, ont aussi été interrogés…
Mélissa, qui supervise les travaux, raconte avoir été surprise par la convergence des formulations, « ce n’est pas l’intérieur qui compte en premier lieu mais l’extérieur » : vue ouverte sur le paysage, nature, espace, clarté, temps étiré… Ni luxe, ni artifices, « ce qui ressort le plus des entretiens, c’est la simplicité ». Parfaite négation d’un monde où les cadences s’accélèrent et les repères se brouillent, notre démarche « renforce les choses qui sont de l’ordre du bon sens », précise-t-elle.
La Corse offrant la splendeur sauvage d’un environnement encore préservé, semble le théâtre idéal où le rêve peut investir la réalité. La maison est revêtue de pin lariciu, dont la patine gris argenté, se fondra dans le bâti ancien. Sa façade principale se présente comme une immense verrière, ouverte sur la plaine d’Oletta et le golfe de Saint-Florent. La vue panoramique qu’elle offre sur monts et mer exauce les rêves de temps suspendu qui émaillent les entretiens.
L’intérieur, très ouvert et  agencé sur trois plans, optimise l’espace en jouant avec la lumière.
« Nous avons imaginé la maquette à partir de quelque chose qui émane du lieu », explique Mélissa. Le concepteur inconscient est bel et bien le vieux monsieur qui vient entretenir le jardin potager… Son amoncellement d’objets hétéroclites trace l’architecture du projet : le grand tabouret inspire la maison. Les deux chambres d’amis, prévues en extérieur, telles deux cocons lumineux, imitent un petit tabouret et une brique. Le bassin, irrigué par l’eau de la montagne, métaphore du retour aux sources, est la transposition d’un sceau blanc….
Melissa précise que la matérialisation  des entretiens induit quelques entorses aux représentations initiales. Quelquefois, ajoute-t-elle, « le besoin d’espace s’inscrit dans une architecture différente de celle que le commanditaire imaginait »…
La vacuité propice au temps de lire émerge également de l’enquête ; d’où la conception, par les protagonistes, d’une bibliothèque nomade pour un livre, incontournable viatique pour l’île déserte… Et le temps de vivre s’éternise, car la maison de rêve s’affranchit du fonctionnel : « cela permet de sortir de conceptions trop conditionnées, dès qu’on évoque un idéal, c’est comme un rêve d’enfant, ça permet d’ouvrir des champs ».
Pour les aventuriers de l’introspection et du design, l’ensemble du concept est exposé du 25 au 29 août à Paris, 65 rue Notre Dame de Nazareth, dans la Great Design Gallery. On peut y découvrir, entre autres, le recueil d’entretiens, la reproduction à l’échelle identique (1/1) d’un module de la maison de Claire, sa vue matérialisée par un papier peint, la bibliothèque itinérante… Mise en abyme de la demeure au moment de sa construction.
 
 Claudine Olmetta
 



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