IN CORSICA

racisme


Rédigé par Constant Sbraggia le Mercredi 7 Septembre 2016 | Lu 243 fois | 0 commentaire(s)


L'édito de Constant Sbraggia

photo Marianne Tessier/In Corsica
photo Marianne Tessier/In Corsica
Ne pas ajouter de la tension à la tension. Autrement dit être responsable. L’épisode de Siscu a mobilisé la presse parisienne, la Ligue des droits de l’homme, et que sais-je encore au chevet d’une Corse malade prétendument de ses instincts racistes. Y en a marre. Les Maghrébins ou les Français d’origine maghrébine ne sont pas les seuls à commettre des violences, des agressions, isolées ou en groupe. Mais, y résister, s’y opposer, lorsqu’ils en commettent - à Siscu, des adultes, dont un repris de justice, s’en sont pris à des adolescents - ne relève pas du racisme. Nen déplaise, cette volonté de « privatisation » - c’est le terme employé par le procureur de la République - de la crique vaut bien un « on est chez nous » tant décrié par ailleurs. La riposte - spontanée - au guet-apens tendu aux pompiers quartier des Jardins de l’Empereur à Ajaccio avait déjà été cataloguée comme raciste. Un manifestant avait alors déclaré aux journaliste de BFM : « Nous ne sommes pas racistes, nous refusons simplement de vivre en Corse ce que vivent les Continentaux dans le métro à Paris. » Que celui qui a envie de vivre ce que vivent les Continentaux dans le métro à Paris lui jette la première pierre. La lâche et sauvage agression des pompiers (on s’en était pris particulièrement à une jeune femme) n’avait été évoquée qu’après trois jours employés à tenter d’accréditer la thèse du racisme. Oui, dans les deux cas, les débordements qui suivront sont désolants : la communauté maghrébine ne mérite pas ça. Mais de racisme point. À la marge, par opportunité. De même celles et ceux qu’incommode le port du foulard ou du burkini - foin du droit des femmes - qu’ils savent ne pas recevoir comme un attribut vestimentaire quelconque mais bien comme le message qu’on leur envoie, celui d’une revendication identitaire et religieuse, discriminante et finalement politique, ne sont pas forcément racistes. Plus sûrement sont-ils décontenancés par un principe de laïcité auquel ils étaient convaincus d’adhérer mais qui prend un tour inattendu. Car ce n’est pas l’aspect cultuel mais bien la part cultuelle des effets de cette loi de 1905 qui dérange aujourd’hui, en ce qu’elle bouleverse nos habitudes, nos coutumes, nos usages, nos rites. Ainsi, par exemple, les crèches dans les halls des mairies ont-elles posé question. Je serais pour ma part touché dans mon intime si l’on en venait à supprimer la célébration de A Madunuccia dans ma ville natale d’Ajaccio. Je suis attaché à cette communion, cette ferveur populaire, ce rassemblement rituel des Ajacciens. Pour autant, et nous sommes vraisemblablement majoritaires à penser ainsi, je ne crois pas un seul instant que la Vierge Marie ne nous ait jamais sauvés de la peste, ni de quoi que ce soit, d’ailleurs. Que dire, alors, du catenacciu, cérémonial plus proche du paganisme que de la foi… Ces manifestations se révèlent cependant vertueuses en ce qu’elles sont le ciment d’une communauté, la nôtre en l’occurrence. En ce qu’elles sont des éléments constitutifs de notre paysage, aussi. Les remettre en question - elles et d’autres - ne favoriserait pas l’avènement d’une société apaisée. Société à laquelle on ne peut demander de se désintégrer au motif d’intégration. L’absurde, comme une épaisse nuit, ce serait la scission. Elle menace, il faut s’en garder. En chaque être, il y a une part d’humanité, de générosité - voire de culture - qui l’amène à considérer avec intelligence, et cœur, l’autre, avec ses différences ; il y a aussi l’assurance d’appartenir à un camp - sa famille, ses proches, son environnement, sa culture, ses usages et ses coutumes -, elle prévaudra toujours sur l’intelligence en situation conflictuelle. Dès lors on peut s’interroger sur l’attitude de ceux qui cautionnent systématiquement les Maghrébins ou les Français d’origine maghrébine coupables d’exactions au prétexte d’un « vivre ensemble » que la majorité d’entre nous appelle de ses vœux et que ces bonnes âmes contribuent, en raison de leur absolutisme idéologique ou/et de leur innocence, à rendre difficile. On doit aussi s’interroger sur l’opiniâtreté des médias parisiens à dénicher le racisme là où il n’est pas, à maquiller d’intolérance à l’autre ce qui n’est qu’intolérance aux coups de boutoir sans cesse portés à une démocratie qui pourrait bientôt mourir de sa faiblesse - son plus grand ennemi. Le « vivre ensemble », heurté de plein fouet par les attentats, a davantage besoin de vérité que d’artifices - ceux de la politique et de l’idéologie.
 



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